Le réalisateur anglais vient de recevoir un César d’honneur et, récemment couronné de cinq Golden Globes à Hollywood, de sept Bafta à Londres, il devrait être le grand gagnant aux Oscars, le 11 mars, avec treize nominations pour Oppenheimer, son biopic explosif du père de la bombe atomique. Au regard de ce palmarès exceptionnel, on serait bien inspiré de voir ou de revoir l’excellent Insomnia (2003), brillant polar psychologique avec lequel il est entré dans la cour des grands à Hollywood. Insomnia est son troisième film, après Following et Memento, et son premier à être produit par un studio, la Warner, avec Steven Soderbergh (Sexe, mensonges et vidéo) et George Clooney (Ocean’s Eleven…) en coproducteurs exécutifs de choix. Un opus à gros budget, donc. Le futur réalisateur de The Dark Knight, Interstellar et Dunkerque a ainsi pu s’offrir les stars dont il rêvait : Al Pacino et Robin Williams.
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UN JOUR SANS FIN
Will Dormer (Al Pacino), pointure de la police criminelle revenue de tout, enquête sur le meurtre sadique d’une lycéenne en Alaska, où, pendant l’été boréal, il fait jour 24 heures sur 24. Ce qui empêche Dormer (dont le nom sonne ironiquement à nos oreilles françaises) de fermer l’oeil et de se concentrer sur ses investigations. Au cours d’une course-poursuite dans le brouillard, Will tue par erreur son coéquipier. Il devra alors affronter seul le tueur. Lequel, témoin de la bavure, tient le policier dans sa ligne de mire. Commence alors un jeu du chat et de la souris, où flic et meurtrier sont à la fois traqueur et traqué. Nolan s’est inspiré d’un film norvégien du même titre, sorti en 1998 : « J’ai été fasciné par l’univers labyrinthique dans lequel se déroulait l’action, par l’ambiguïté des personnages et des situations. Ce duel sous le soleil de minuit est devenu pour moi le dernier acte d’une tragédie : celle de Will, homme acculé qui livre là, peut-être, son dernier combat. » Regard fatigué, voix éraillée, épaules voûtées… Al Pacino exprime de tout son corps la tension insomniaque de Will, cerné par le doute et le pressentiment qu’il a fait son temps.
PERFORMANCE D’ACTEURS
Nolan et son acteur ont passé de longs moments ensemble à disséquer le scénario : « Pacino est très prudent dans le choix de ses projets, précise le cinéaste. Il a besoin de savoir ce que le metteur en scène attend de lui, sa vision du film, pourquoi il l’a choisi lui… Une fois rassuré, il vous donne le sentiment que vous pouvez tout lui demander. Il vous y incite même. » Si Pacino avait déjà incarné des flics, dont l’intègre Serpico du film éponyme de Sidney Lumet, on était loin d’imaginer Robin Williams, l’inoubliable madame Doubtfire, dans le rôle du tueur fou et manipulateur. « Je cherchais depuis longtemps à jouer des personnages en rupture avec les précédents, à élargir ma palette, en finir avec mon image de type drôle et formidable », confiait-il. Nolan confirme : « Il s’est plongé dans l’aventure avec délice. Il a sondé les zones les plus sombres de sa personnalité. » À l’écran, chair de poule garantie. À en perdre le sommeil ?
Insomnia, samedi 9 mars à 21h00 sur Arte
Isabelle Magnier