Goliath (France 2) – Frédéric Tellier : « On a essuyé quelques tirs de snipers de la part de lobbyistes ! »

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 15:47
Ce brillant film dossier dénonce le cynisme de la course aux profits au détriment du facteur humain. Un thriller choc, servi par un casting admirable.

“Je crois que mes films racontent toujours le même face-à-face des hommes civilisés et des hommes non civilisés", constate le réalisateur Frédéric Tellier, dont le premier opus,  L’Affaire SK1, radiographiait l’enquête qui a conduit à l’arrestation du tueur en série Guy Georges, en 1998. Dans Goliath, il s’attache cette fois à décrire le combat inégal d’un avocat défendant des malades empoisonnés par un pesticide hautement cancérogène contre un puissant groupe d’agrochimie flanqué d’une armée de lobbyistes sans foi ni loi. 

LA GUERRE EST DÉCLARÉE 

Un duel asymétrique entre l’humain et l’argent. À ma gauche, Maître Patrick Fameau, la quarantaine fatiguée, mais la droiture chevillée à l’âme, incarné sans effet de manche par un Gilles Lellouche habité. À ma droite, Mathias, la trentaine stylée doublée d’une intelligence vif-argent dédiées à son job de « représentant d’intérêts » : un tueur-né, auquel Pierre Niney prête une aura diabolique. La guerre est déclarée. Si le premier, à nu, n’a que la loi pour munition, le second, le Goliath du titre, dispose, lui, d’un arsenal illimité en guise d’armure : manipulation, intimidation, propagande, corruption de témoins, de victimes, de politiques… 

Mais David a une botte secrète qu’il ignore : les mystères de l’âme humaine. Car, s’il est une chose à laquelle on ne peut échapper, selon l’écrivain Stefan Zweig, c’est à sa conscience. Encore faut-il en avoir une ! Mathias en est dépourvu. « Frédéric avait pensé à moi pour le rôle de l’avocat, confie Niney. Je lui ai dit que je préférais celui du lobbyiste, le personnage le plus éloigné de moi que j’ai eu à jouer. » Et pour cause : Mathias est un salaud XXL. Le cynisme coule dans ses veines et tordre la réalité à ses intérêts est son ADN.

Même envie de switcher pour Lellouche : « J’avais l’impression d’avoir déjà joué ce genre de personnage, ces types sans état d’âme. En revanche, j’étais fou de joie à l’idée de traiter ce sujet en accomplissant un de mes rêves : incarner un avocat. » 

Pour info, Le Verdict, de Sidney Lumet, dans lequel Paul Newman interprète un ex-ténor du barreau au bout du rouleau, qui retrouve la niaque grâce à une affaire, est l’un de ses films de chevet. Maître Fameau est de la même étoffe : « J’adore les personnages d’antihéros abîmés qui repartent à la guerre comme un dernier round. » Sauf que Mathias et son staff, c’est du très lourd pour ce Don Quichotte contemporain. Pour être solides sur leurs appuis, les deux acteurs ont fréquenté des pros. Gilles a suivi de nombreux procès.  Pierre a échangé avec des repentis du lobbying : « À chaque révélation, je tombais de ma chaise ! » 

“DES MARCHANDS DE DOUTE” 

Niney et Lellouche n’ont qu’une scène ensemble : un duel d’éloquence, soit deux versions de l’humanité irréconciliables. « On est tous les deux d’un naturel rieur, raconte Gilles, mais ce jour-là, on a été concentrés comme jamais. » À leurs yeux, Goliath est de ces films utiles et citoyens qui utilisent la fiction pour éveiller les consciences en jetant une lumière crue sur des réalités opaques qui nous concernent tous. Grâce à Tellier, vous en saurez plus sur « ces marchands de doute qui font régner la loi du silence ». Preuve qu’il a visé juste : « Avant la sortie du film, on a essuyé quelques tirs de snipers de la part de lobbyistes ! » 

Goliath : dimanche 1er décembre à 21h10 sur France 2

JULIEN BARCILON  

Par
Julien Barcilon