Comment diable adapter Dune au cinéma ? Comment rendre à l’écran toute l’ampleur du roman de Frank Herbert, où se mêlent épopée galactique, planète désertique, tragédie shakespearienne au fin fond de l’espace et guerre sans merci pour l’épice, substance la plus précieuse de l’univers ?
Quasi-immédiatement élevé au rang de chef-d’oeuvre à sa sortie, en 1965, le livre a vite attisé les convoitises de réalisateurs. Dont Alejandro Jodorowsky, qui s’y est cassé les dents, dans les années 70. Sa tentative a donné lieu à un excellent documentaire, Jodorowsky’s Dune, racontant ce film fantasmé, où Salvador Dalí et Orson Welles auraient croisé Mick Jagger et Amanda Lear. Des années plus tard, en 1984, David Lynch s’attaquait au mythe avec un film kitsch et baroque, où Paul Atréides, jeune homme brillant et potentiel messie, qui agite l’intrigue de Dune, est incarné par Kyle MacLachlan. Échec cuisant, qui suffira à mettre un couvercle sur toute adaptation cinématographique durant près de quatre décennies.
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Il faudra attendre 2021 pour que Denis Villeneuve (Prisoners, Blade Runner 2049…) déjoue la malédiction. Le Québécois, dont Dune est le livre de chevet depuis l’adolescence, imagine un long-métrage épuré et magnifié par des décors monumentaux, inspirés du brutalisme, mouvement architectural des années 1950-1970. Une froideur presque clinique qui trace une frontière claire avec ses prédécesseurs, et lui permet d’imposer des visions très personnelles : « Cela a été un vrai travail d’archéologue. Je devais retrouver la sensibilité de l’ado que j’étais, qui rêvait à la science-fiction et qui avait été subjugué par le roman, détaille le cinéaste. La beauté du bouquin, c’est qu’il ressemble à un rêve éveillé. Beaucoup d’images, surtout des paysages, des lieux. Des émotions… Quand Frank Herbert donne peu de description, notre esprit prend le relais et comble ce manque. C’est ce que j’ai traduit ici. »
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“CE N’EST QUE LE HORS-D’OEUVRE”
Attaché aux décors naturels et armé d’un budget lui donnant les moyens de ses ambitions, le réalisateur décide de tourner les scènes de la désertique planète Arrakis dans le Sud de la Jordanie. Aucune infrastructure sur place, rien que du sable ! Environ deux cents ouvriers préparent un camp de base sommaire, en six semaines. Pas de quoi effrayer l’arme secrète de Villeneuve : pour jouer Paul Atréides, il fait appel à Timothée Chalamet, engagé sans même passer par la case casting. « Je n’envisageais que lui et je n’avais pas de plan B. »
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Alors en pleine ascension, l’acteur se saisit du rôle et dévoile son charisme à la planète entière. Il comprend aussitôt ce personnage complexe, un « jeune type qui se pose des questions sur son identité et ce qu’il représente pour ses proches. Ce sont des trucs avec lesquels on galère tous, à cet âge-là. » Sa performance, impressionnante, prend encore de l’envergure dans Dune 2, sorti en 2024. Le cinéaste avoue que « Dune est une sorte de hors-d’oeuvre. Le plat principal, c’est la deuxième partie. » Régalez-vous !
Dune : première partie, dimanche 30 novembre à 21.10 sur France 2