Ben-Hur (Arte) : Les coulisses d’une course de chars d’anthologie

Publié le 9 avril 2023 à 11:33
MGM
En 1959, William Wyler signait l’un des plus grands péplums du 7e art. Le nombre des années n’atteint pas la valeur de ce classique, au style un peu ampoulé

En 1880, quinze ans avant l’invention du cinéma, le général Lewis Wallace, héros de la guerre de Sécession, publie Ben-Hur : A Tale of the Christ. Pendant la rédaction de ce roman, qui deviendra le best-seller du XIXe siècle, aux USA, le plumitif galonné stoppa la carrière du célèbre hors-la-loi Billy the Kid ! Huit décennies, un musical à succès à Broadway (1899) et deux versions cinématographiques plus tard (1907 et 1925), l’épopée héroïque du prince de Judée, mise en scène par William Wyler, décrochait, en 1960, 11 Oscars. Record qui sera égalé… en 1998 par Titanic, de James Cameron, puis, en 2004, par Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi, de Peter Jackson. Le brillant et perfectionniste William Wyler (deux Oscars et une Palme d’or avant 1959) avait travaillé comme assistant sur la précédente version. Il avait gardé un tel souvenir cauchemardesque de la course de chars qu’il obtint de ne pas la réaliser lui-même. Andrew Marton s’en chargera. Parmi ses assistants : un certain Sergio Leone. La séquence constitue pourtant le clou de ce très grand spectacle.

Pour la Metro Goldwyn Mayer, au bord de la faillite, Ben-Hur est un quitte ou double. La première année d’exploitation, la super production au budget pharaonique de 15 millions de dollars rapporta cinq fois sa mise ! On imagine la pression sur les épaules de Wyler. Le tournage, à Cinecittà, près de Rome, a duré plus d’un an ! Après avoir envisagé Rock Hudson, Burt Lancaster et Richard Burton, c’est Charlton Heston – qui vient de triompher en Moïse, dans  Les Dix Commandements, de Cecil B. DeMille – qui décroche le rôle. Ce sera son film le plus emblématique. Son charisme et la fièvre de son jeu embrasent l’écran dans l’action ou l’émotion. 

ONZE MINUTES D’ANTHOLOGIE 

Parce qu’il a refusé de trahir son peuple et de collaborer avec Rome pour plaire à Messala, son ami d’enfance devenu chef des légions de Judée, Ben-Hur est envoyé aux galères. La reconstitution impressionne. Techniquement, il n’y avait pas d’effets numériques, c’est époustouflant : le réalisateur Richard Thorpe (Ivanhoé) est à la manoeuvre avec l’équipe B. Deux trirèmes romaines de 38 mètres ont été construites et placées dans un bassin. Une cinquantaine de maquettes ont été fabriquées pour la bataille navale. Ben-Hur en réchappe. De retour à Jérusalem, tandis qu’un prophète, Jésus de Nazareth, prône le pardon, lui brûle d’occire Messala. 

Ce sera sur l’hippodrome de Césarée, lors d’une course de chars d’anthologie. Onze minutes qui ont écrit une page unique du 7e art. Deux années de préparation et 78 jours ont été nécessaires pour mettre en boîte ce qui demeure l’une des plus fameuses scènes de tous les temps. Pendant des mois, 80 chevaux ont été dressés et entraînés. Lorsque le char de Judas décolle, c’était un accident de tournage, qui donne la mesure du danger. La séquence fut conservée. Côté décor – un plateau de huit hectares ! –, c’est aussi un tour de force. Quinze mille figurants (dont Audrey Hepburn et Mel Ferrer), des statues de 30 mètres, 48 caméras, 40 000 tonnes de sable, une piste d’1 kilomètre de long… Un spectacle grandiose, jamais égalé. 

Ben-Hur, dimanche 9 avril à 21h00 sur Arte

JULIEN BARCILON 

Par