"Nous travaillons d’arrache-pied quatorze heures par jour, six jours par semaine. Je suis épuisée moralement et physiquement. Je ne vais peut-être pas pouvoir continuer ainsi, cela devient vraiment trop dur… " Ces notes, Nicole Kidman les écrit d’une main tremblante dans son journal de bord, en juillet 2007. Voilà quinze jours qu’elle tourne dans les décors arides de Kununurra, une ville perdue à 250 km de Sydney. Élégante et racée dans sa tenue d’équitation, elle incarne Sarah Ashley, une aristocrate anglaise qui, en 1939, hérite d’un ranch en Australie. Afin de sauver sa propriété en faillite, elle va traverser le désert, où ne survivent que quelques tribus aborigènes, pour aller vendre un immense troupeau à Darwin. À ses côtés, un troublant contremaître (Hugh Jackman).
Deux ans plus tôt, le réalisateur australien Baz Luhrmann lui a proposé cette "histoire romantique, entre Out of Africa et Autant en emporte le vent". L’actrice australo-américaine accepte aussitôt, fascinée à l’idée de tourner dans les paysages sublimes du Kimberley. Sans parler de son admiration pour Baz : "Depuis Moulin rouge, j’ai une confiance aveugle en lui. Il peut tout me demander." Mais le tournage n’aura rien à voir avec l’ambiance du cabaret parisien. La star hollywoodienne loge dans une caravane dont l’air conditionné va rendre l’âme. Elle se lave au tuyau d’arrosage et mange du lézard. À Kununurra, le soleil cogne dur dès 8 heures : "Il fait 48 degrés et les coups de soleil sont redoutables. Avec mes yeux bleus et ma peau de porcelaine, c’est dangereux pour moi. Je meurs de chaud, serrée dans mes costumes en laine", écrit la comédienne. Magnanime, Baz Luhrmann débauche un stagiaire. Muni d’une ombrelle, il est chargé d’abriter l’héroïne d’À la croisée des mondes. La canicule va même foudroyer une jument. L’animal meurt d’une crise cardiaque sous les yeux de l’actrice, qui fond en larmes puis, quelques instants plus tard, s’évanouit sur son cheval au beau milieu d’un troupeau de 1 500 vaches sauvages. Elle manque d’être piétinée mais deux assistants la sauvent in extremis.
“Pas une diva égocentrique”
Hugh Jackman est lui aussi à cran, tétanisé par les mygales et serpents venimeux qui pullulent autour de sa tente. Un jour, un énorme scorpion grimpe sur sa jambe. Cette fois, Nicole ne tourne pas de l’œil. D’un coup de chapeau, elle chasse le venimeux intrus, sauvant la vie de l’acteur. Au bout de deux mois, les 350 techniciens de l’équipe sont bloqués par une tempête de sable brûlant. "Elle envahit tout et me brûle les yeux", note Nicole. Puis des pluies diluviennes s’abattent, emportant une partie du décor et des caméras. À la sortie du film, en décembre 2008, l’actrice avoue à la presse : "Je n’ai jamais craqué par respect pour Baz mais tourner ce film m’a marquée à vie. Ça m’a fait un bien fou. Cela prouve que je ne suis pas juste une diva égocentrique et artificielle."
Australia est diffusé jeudi 30 janvier à 21h05 sur Chérie 25
Jean-Baptiste Drouet