En France, tous les deux jours, un agriculteur se suicide. Le 29 mars 1999, Christian Bergeon, accablé de dettes, épuisé physiquement et psychiquement par des années de labeur, a mis fin à ses jours dans son exploitation. Il avait 45 ans, une femme et deux enfants, de 13 et 16 ans. Réalisé par son fils Édouard, devenu journaliste, ce film, sorti en 2019, est inspiré de son histoire. Sept ans auparavant, dans Les Fils de la terre, un documentaire sur les suicides d’agriculteurs, Édouard avait déjà évoqué cette tragédie familiale. Le producteur Christophe Rossignon, lui-même fils et frère de paysan, l’avait alors rencontré pour lui dire combien son documentaire l’avait chamboulé. Au fil de leur conversation, l’idée d’un film a germé pour raconter la longue descente aux enfers de son père, si emblématique du malaise du monde paysan.
Un cri d’alarme
"J’ai voulu donner un coup de poing sur la table pour alerter l’opinion publique, les responsables agricoles et les politiques. Jusqu’au bout, mon père s’est battu seul et dans l’indifférence générale pour tenter de conserver son exploitation"», explique Édouard. Son film est un cri d’alarme. Il poursuit : "Je suis un lanceur d’alerte. La petite histoire de ma famille raconte la grande Histoire agricole de la France de ces quarante dernières années… Si le film pouvait éveiller la conscience de nos concitoyens, ce serait formidable." L’écriture du scénario fut douloureuse. Ce grand gaillard, au physique de rugby man et à l’émotion à fleur de peau, ne le cache pas : "Écrire était très pénible. La matière me brûlait. Je pleurais en relisant."» Il pense que le choix du comédien qui interprètera son père sera aussi difficile. Erreur ! Sa rencontre avec Guillaume Canet est une belle histoire. Le comédien, qui tournait Mon garçon, de Christian Carion, dont Rossignon est le producteur, découvre, en allumant la télé, Les Fils de la terre. Le lendemain, Canet annonce au producteur qu’il envisage d’écrire et de tourner un film à partir du documentaire d’Édouard. Réponse : « Le film est écrit et c’est moi qui vais le produire. » « Dans ce cas, c’est moi qui joue ! », rebondit l’acteur. Avec Édouard, le courant passe. Il ne pouvait rêver mieux que Guillaume Canet pour incarner son père : " Guillaume s’est tout de suite impliqué. La terre lui parle, il connaît les hommes qui la travaillent." Les parents de l’acteur étaient éleveurs de chevaux dans les Yvelines.
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“Un film indispensable”
Au début du tournage, le réalisateur a offert les bottes de son papa à Guillaume – le geste l’a ému autant que porté –, qui s’est glissé dans le rôle avec une vérité troublante. Et pas besoin de doublure pour conduire les engins agricoles. "La première fois que je l’ai vu, j’ai cru revoir mon père." À l’écran, Guillaume rend sa dignité perdue à Christian : "C’est le plus grand rôle de ma vie." Il nous expliquait, en 2019 : "Faire ce film sur la condition des agriculteurs me semblait indispensable. Il est difficile de capter l’attention des gens, mais dans une salle de cinéma, c’est encore possible." Presque 2 millions de spectateurs ont été émus aux larmes à sa sortie. Ce soir, vous serez bien plus.
Au nom de la terre : mercredi 23 février à 21h10 sur France 2
J. Barcilon