“Château que la nature fortifie, contre la contagion, contre la guerre […] Cette Angleterre faite pour subjuguer, honteusement se subjugue elle-même" : ces quelques vers, extraits de Richard II, de Shakespeare, Boris Johnson, incarné par l’acteur anglais Kenneth Branagh, les prononce à la fin de la série. Richard II, qui dut abdiquer et quitter le trône en 1399, en partie responsable de sa propre chute. Rien d’étonnant, donc, que l’histoire du souverain et les mots de Shakespeare trouvent un écho puissant dans le parcours de Boris Johnson et la série This England. Chef du Parti conservateur et Premier Ministre du Royaume-Uni de 2019 à juillet 2022, Boris Johnson a passé une grande partie de son « règne » à faire face au virus. À la manière de The Crown, la série part de ces faits réels.
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"Nous avons recueilli les témoignages de gens qui ont travaillé durant toute la première vague de Covid-19 au 10 Downing Street (résidence du Premier Ministre, à Londres, ndlr), d’experts consultés par Boris Johnson et ses équipes, de médecins et d’infirmières, explique le scénariste et réalisateur Michael Winterbottom. Jusqu’à nous sentir suffisamment proches de la vérité pour la raconter." Détesté de ses enfants, égocentrique, plus prompt à se pencher sur un remaniement ministériel et le Brexit que sur les inondations dans l’ouest du pays ou la pandémie, le Boris Johnson de la série évolue au fil de séquences surréalistes. Pour appuyer son propos, Michael Winterbottom gomme au maximum la frontière entre fiction et réalité, utilisant à foison les images d’archives. Ainsi naît un fossé abyssal entre les préoccupations gouvernementales et l’asphyxie à vitesse grand V des services hospitaliers.
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MÉTAMORPHOSE PHYSIQUE
Bien évidemment, This England est habitée par l’immense composition du comédien Kenneth Branagh, habitué aux personnages historiques (et shakespeariens, comme Henri V ou Hamlet). Jouant à fond la carte du Grand-Guignol, il offre un spectacle déroutant. "Je suis allé à la source du personnage, raconte l’acteur. J’ai lu tout ce qu’il avait publié : des livres sur Churchill, sur les Grecs, sur Londres, des articles de journaux, d’autres choses écrites quand il était plus jeune, ou à l’université." Sa métamorphose physique nécessitait trois heures de préparation quotidiennes, à grand renfort de costumes rembourrés et de prothèses. Mais incarner Boris Johnson ne se limite pas au « déguisement » : « Il a fallu adopter son pas. C’est quelque chose qui est apparu très tôt. Il a une posture combative, une agitation physique, des éléments rythmiques dans chacun de ses discours : la charge, la galvanisation, les phrases courtes de motivation, à la manière des pom-pom girls. Son énergie vocale est significative de sa manière de traverser la vie. Quant aux jugements, on les laisse aux spectateurs… » La série s’achève avec cette information : "Une enquête publique sur la gestion gouvernementale de la pandémie s’ouvrira en 2023, en Angleterre." Son but ? "Éviter que de telles souffrances puissent se reproduire à l’avenir."
This England : lundi 28 novembre à 21h10 sur Canal+
AMANDINE SCHERER