Votre personnage, Émile Dutilleul, est-il un superhéros à la française ?
Denis Podalydès : C’est surtout l’éloge poétique de l’insignifiance, un homme qui, à force de ne pas exister, finit par passer à travers les murs.
Vous avez une prédilection pour ce type de personnage…
J’aime ces individus a priori ternes, timides, rentrés. J’en avais déjà joué, notamment dans les films de mon frère Bruno. Mais timoré à ce point, jamais !
Bourvil avait marqué le rôle dans l’adaptation de Jean Boyer. Comment vous en êtes-vous affranchi ?
Avec le réalisateur Dante Desarthe, mon travail a consisté à occuper l’écran, tout en essayant d’exister le moins possible. Un jeu minimaliste avec des résultats qui ont été au-delà de nos espérances.
Si ce téléfilm est plus fidèle au texte de marcel Aymé que ne l’était l’adaptation cinéma, le scénario comporte aussi des ajouts. Pourquoi ?
La nouvelle est si courte qu’on est obligé d’ajouter des éléments. L’histoire se passe dans le Montmartre d’aujourd’hui. Émile est employé d’assurances et a une mère qui n’existe pas dans le conte.
Que reste-il de la satire sociale présente dans l’œuvre de marcel Aymé ?
Dante Desarthe s’est davantage attaché aux côtés romanesque et poétique, mais la satire sociale est présente dans la description des relations en entreprise : la fausse promotion d’Émile est, en fait, une mise au placard. Il pourrait dynamiter la société, mais il n’en fait rien. Ce pouvoir, il est même prêt à l’abandonner pour retrouver celle qu’il aime.
Le Passe-muraille, est diffusé vendredi 24 juin à 20h55 sur Arte.
Propos recueillis par Hacène Chouchaoui en 2018