Violences conjugales et comédie, c’est inattendu : comment comprenez-vous cet angle plutôt osé ?
Sabrina Ouazani : Quand le réalisateur Mabrouk El Mechri m’a proposé le rôle de Zohra, la première chose qu’il m’a dite, c’est : « J’aimerais que tu interprètes ma mère. » J’imagine le regard de l’enfant qui rêve de voir sa maman ne plus subir, se réveiller, se sortir de là et devenir presque une superhéroïne. C’est ce regard qui donne au film un côté cartoonesque. À mon sens, c’est comme ça que le style s’est imposé au réalisateur.
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Pour votre personnage, aviez-vous en tête des modèles d’héroïnes guerrières ?
Mon héroïne, c’est ma mère ! Elle n’a jamais subi de violences dans son couple, mais j’ai pensé à elle parce que c’est une femme forte, qui tient tête, qui est responsable et autonome. Elle a quitté l’Algérie pour venir en France, avec l’espoir d’une vie meilleure, pour elle et pour ses enfants. Il faut énormément de courage pour abandonner ses repères et sa famille, sans avoir de certitude sur l’avenir.
Comment vous êtes-vous préparée pour devenir Zohra ?
Comme elle, j’ai d’abord rencontré un maître de kung-fu, qui m’a enseigné les principes et les valeurs de cet art si noble. Ensuite est venu l’entraînement. Je voulais tout connaître, même les figures qui ne me serviraient pas dans les combats.
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Vous êtes-vous inspirée des films de kung-fu ?
Mon papa a fait beaucoup de karaté. Il a pratiqué les arts martiaux pendant longtemps, donc, petite fille, j’ai regardé avec lui tous les films de Bruce Lee et de Jackie Chan. Après, on essayait toujours d’en reproduire les chorégraphies !
Vous avez débuté votre carrière à 13 ans. Depuis, vous avez tourné plus d’une trentaine de films. Qu’auriez-vous envie de dire, aujourd’hui, à la gamine qui a grandi dans la cité des 4000, à La Courneuve ?
J’aurais envie de lui dire bravo ! Je n’étais évidemment pas du tout destinée à une carrière dans le cinéma. Et puis, un jour, ma mère a vu une annonce pour le casting de L’Esquive (2003), d’Abdellatif Kechiche, affichée à l’arrêt du tramway… Grâce aux valeurs que mes parents m’ont inculquées, je me suis fait doucement ma place, tout en ayant l’impression qu’on ne l’a jamais vraiment, dans la grande famille du cinéma.
Kung-Fu Zohra : samedi 10 décembre à 21h10 sur Canal+
Interview Isabelle Magnier