“Jeremiah Johnson… Quelle histoire ! Sans doute notre film le plus dur, le plus enthousiasmant et le plus gratifiant." À l’évocation du chefd’oeuvre de Sydney Pollack, Robert Redford retrouve le frisson d’un tournage éprouvant, marqué par la neige, le froid et des tensions avec le studio. Tout commence au début des années 1960, quand Pollack et Redford se croisent au casting de La guerre est aussi une chasse, film dont ni l’un ni l’autre ne garderont un grand souvenir. Mais une amitié se forge entre ces deux hommes, unis par la conviction que le cinéma doit secouer le spectateur. Pollack se met à la réalisation et Redford à la conquête de ses premiers grands rôles. Leur complicité se cristallisera dans une série de films marquants : Nos plus belles années, Les Trois Jours du Condor, Le Cavalier électrique et, bien sûr, Out of Africa.
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NAPPES DE SILENCE ET DE VENT GLACIAL
Mais, avant tout cela, il y eut donc Jeremiah Johnson. Un pari insensé, inspiré de l’histoire vraie d’un vétéran de la guerre américano-mexicaine, qui décide de fuir la civilisation et sa violence pour se perdre dans les Rocheuses. Il épouse une Amérindienne et adopte un jeune garçon, avant de voir son destin basculer dans la tragédie et la vengeance… Pollack veut en faire le portrait d’un homme en quête de liberté absolue, mais la Warner Bros., effrayée par ce projet « trop spécial et invendable », traîne des pieds. Le studio refuse de mettre sur la table les 5,2 millions de dollars nécessaires et tient à tourner en intérieur. Impensable pour Pollack qui négocie, s’entête et trouve un compromis : « Donnez-moi 3,5 millions et je fais le film. » On lui demande d’hypothéquer sa maison et de sacrifier son salaire en cas de dépassement de budget. Finalement, il boucle le film pour 3,1 millions. Un exploit.
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Le résultat est à couper le souffle : dans les paysages grandioses de l’Utah, Pollack filme cette silhouette minuscule face à son paradis perdu, les nappes de silence et le vent glacial. Derrière la rudesse du tournage, le duo tient bon, s’accrochant, selon le réalisateur, à leur volonté de « faire quelque chose de mythique autour de la montagne ». « Il fallait rester zen. On a perdu des techniciens à cause des gelures, des hypothermies… mais notre projet était vraiment singulier », résume Redford.
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Jeremiah Johnson devient un symbole de liberté utopique, et ce western écologique impressionne la critique au Festival de Cannes 1972, avant de s’imposer dans les salles. Pour Sydney Pollack, la réussite du projet tient avant tout à son acteur, qui « comprend tout, tout de suite. Il est terriblement intelligent. Il donne l’impression que les rôles les plus difficiles sont faciles à jouer. Le seul problème, c’est qu’il est tatillon, sans cesse à la recherche de la perfection. » Robert Redford assume : « Je suis très exigeant à mon égard. J’ai donc le droit de l’être avec les autres. » Voilà sûrement à quel prix les grands films se fabriquent.
Jeremiah Johnson, vendredi 3 octobre à 21h05 sur France 5