Folle, idéaliste, exclusive… Quels adjectifs qualifient le mieux le personnage de Laura ?
Élodie Bouchez : Un peu tout cela à la fois. Elle a cette volonté farouche de faire durer à jamais la passion et redoute, plus que tout, la routine. Elle ne regarde que dans une seule direction, celle de son amour pour Pierre (Rafi Pitts) et sombre dans une sorte d’exclusivité.
Comment êtes-vous parvenue à entrer dans la peau de cette femme aux visages multiples ?
Je me suis laissé porter par l’écriture très poétique, lyrique et romantique de Laetitia (Masson, la réalisatrice, ndlr). Mon seul guide ? L’amour passionnel que Laura ressent pour Pierre. Je n’ai pas essayé de « jouer » ou d’analyser les moments où la noirceur arrivait. Quand j’ai découvert le film, je me suis aperçue que les tourments de Laura apparaissaient à l’écran sans que j’en ai eu conscience. Elle bascule dans la folie sans l’y avoir volontairement dirigée. C’est ma manière de travailler : j’absorbe les choses et je laisse vivre le personnage.
Avez-vous lu le roman duquel est adapté le téléfilm ?
Non. Laetitia m’a conseillée de le lire après. En revanche, Éric Fottorino, l’auteur du livre, est venu sur le tournage. Juste pour être avec nous, se poser en spectateur. C’est un homme très sympa, ouvert et enthousiaste.
Après G.H.B., Aurore et Un hiver en été, c’est votre quatrième collaboration avec Laetitia Masson. Que vous apporte-t-elle ?
On travaille bien et facilement ensemble. Je n’étais pas prévue au casting de Chevrotine ; elle cherchait une femme plus jeune. Et puis, elle m’a finalement fait lire le scénario et m’a proposé le rôle. Notre relation est à cette image : on ne s’encombre pas des convenances. On a juste la même volonté d’avancer dans la même direction.
Pierre est incarné par Rafi Pitts, réalisateur et acteur iranien. Le connaissiez-vous ?
Non, pourtant il a aussi tourné dans Un hiver en été, de Laetitia Masson, mais nous n’avions pas de scènes ensemble. Laetitia adore son travail. Nous avons tourné Chevrotine en octobre 2020, au moment du deuxième confinement. Se retrouver coupés du monde, quasiment en huis-clos, a renforcé le lien entre lui et moi.
Le vent, la mer, les falaises… les éléments sont déchaînés et contrastent avec le son des voix, très bas, de Pierre et de Laura…
Laetitia a toujours eu la volonté de nous faire parler tout bas. Elle aime le timbre des voix susurrées ; c’est son style. Elle-même ne parle pas très fort. Le côté feutré des moments en intérieur se heurte d’autant plus à la violence des éléments extérieurs. Nous avons tourné vers Tréguier, dans les Côtes d’Armor, dans un endroit incroyable où l’on se sent presque au bout du monde.
Anna Biolay, la fille de Benjamin Biolay et de Chiara Mastroianni, fait également partie du casting…
Oui ! Laetitia a étoffé le rôle de Billie, spécialement écrit pour elle. Anna est douée, elle a ce truc !
D’autres projets à venir ?
J’ai démarré le tournage du prochain film de Jeanne Herry (réalisatrice de Pupille), qui traite de la justice restaurative, à savoir la réparation du mal subi et des dommages causés par l’infraction pénale, puis je serai à l’affiche de Simone, le voyage du siècle, d’Olivier Dahan, dans lequel je joue la mère de Simone Veil. D’abord prévu pour février, le film sortira finalement en octobre.
Interview Adeline Quittot
Chevrotine : vendredi 11 février à 20h55 sur Arte