Livre – Virginie Grimaldi (Les heures fragiles) : « Nos ados vont mal »

Publié le 5 mai 2025 à 7:49
PASCAL ITO/FLAMMARION
Pour son nouveau roman, "Les heures fragiles", l’écrivaine Virginie Grimaldi aux millions d’exemplaires vendus dans le monde, s’attache au sujet du mal-être des jeunes…et de leurs parents.

On vous sent fébrile avant la sortie de chacun de vos nouveaux livres…C’est le cas aussi pour "Les heures fragiles" ?

Oui, c’est quelque chose qui me fascine; le fait que le stress ne diminue pas, que l’intensité des émotions ne faiblit jamais. C’est comme une éternelle première fois; je crois même que c’est pire puisqu’à ce moment-là, j’étais persuadée que personne n’allait me lire ! (Rire) Aujourd’hui, je sens une certaine impatience dans les messages de mes lecteurs, de quoi nourrir un peu plus mon appréhension… Mais c’est une impatience et un stress plutôt joyeux. J’aime cette période où tout est encore possible. Le meilleur comme le pire, rien n’est écrit. En revanche, la promotion me fiche parfois le trac. Avant chacun de mes passages télé, je ne dors pas pendant trois nuits au moins !

Est-ce vrai qu’il vous arrive d’appeler votre éditrice en disant "c’est de la merde ce que je suis en train d’écrire, on arrête tout" ?

Tout à fait. C’est quelque chose que je ressens profondément quand je me relis, c’est même douloureux. Je ne vois que les défauts, je pers confiance… Le bon côté ? Je suis très exigeante envers moi-même. Le jour où je dirai "Il est super ce bouquin !", ce sera mauvais signe ! (Rire)

Virginie Grimaldi évoque son adolescence difficile : "J’étais empêtrée dans des crises d’angoisse"

Les sujets que vous abordez dans votre livre, la santé mentale des jeunes et ce qu’on transmet à nos enfants de notre passé sont des thèmes très actuels. De quelle manière sont-ils arrivés jusqu’à vous ? 

Je vois autour de moi les ados qui vont mal. J’ai moi-même connu une adolescence très difficile. J’étais empêtrée dans des crises d’angoisse et des questions existentielles. Je me revois à 16 ans, me lever la nuit pour écrire des poèmes sur les raisons de vivre. Je ne voulais pas grandir. C’est ce qui m’a aidée à construire le personnage de Lou. Et puis, aujourd’hui je suis la mère d’un adolescent, avec tout ce que cela draine d’angoisse et de remise en question. Malheureusement, il y a certaines choses qu’on ne peut pas régler à partir du moment où ils grandissent. Quand ils sont petits, c’est facile. Tout ou presque peut se guérir avec des bisous magiques. Mais quand ils sont plus grands et qu’ils ont leur personnalité propre, dans un monde violent et anxiogène, on se sent parfois démunis. Il faut trouver le juste milieu entre faire attention et laisser vivre. Je communique énormément avec mon fils mais je veux aussi respecter son jardin secret. C’est un équilibre très fragile que j’avais anticipé mais je n’en avais pas mesuré sans doute la complexité. Et encore, je n’en suis qu’au début de son adolescence…

Faut-il avoir guéri ses blessures du passé pour être un meilleur parent ? 

J’en suis persuadée. De toute manière, je suis du genre à faire des thérapies, à me remettre en question ; cela fait vraiment partie de ma construction. C’est un travail qui permet aussi de mieux comprendre nos parents. Je me surprends à dire des phrases qu’ils me répétaient et que je détestais ! (Rire). Je travaille énormément sur mes angoisses, pour apprendre à les dépasser et montrer à mes enfants que tout est possible. Je veux surtout qu’ils retiennent qu’on peut être heureux, même en étant un anxieux.

Virginie Grimaldi : l’un de ses livres prochainement adapté en série !

Récemment, vous avez assisté au tournage de la mini-série adaptée de votre livre, Le Parfum du bonheur est plus fort sous la pluie…

J’en avais le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux. C’était extrêmement émouvant. Le résultat est magnifique. Les scénaristes ont respecté le texte, l’humour et l’émotion. C’est très important pour moi car j’ai une responsabilité vis-à-vis de mes lecteurs. Je ne veux surtout pas qu’ils soient déçus. Quand j’écris, je ne le fais pas en pensant à une éventuelle adaptation. D’ailleurs, je refuse la plupart des propositions, quand elles ne correspondent pas à l’esprit du livre. Plusieurs personnes se sont déjà positionnées pour acquérir les droits de mon dernier roman Les heures fragiles, qui sort aujourd’hui. Je vais étudier tout ce qui se présente et voir si quelque chose me donne envie d’y aller. Mais d’abord il y aura l’adaptation de Plus grand que le ciel que j’ai publié en 2024 !

Sur votre compte Instagram, on vous sent très joyeuse, sans cesse émerveillée. C’est votre philosophe de vie ?

Il y a vraiment quelque chose qui a changé en moi à la perte de mon premier fils. Je crois qu’avant, je n’avais pas cette propension à profiter des petits bonheurs, à les déceler. Je vivais ma vie sans faire attention à tout ça, sans me poser de questions. Puis, tout a basculé…Sans être une éternelle optimiste, je suis capable aujourd’hui de m’arrêter et de me dire :  "Il est beau ce moment, il fait du bien".

Les heures fragiles, aux éditions Flammarion

Par
Amandine Scherer